Le shibari au sol

Pourquoi cet article ?

Récemment je me suis mis à donner des initiations au shibari, et cela m’a rappelé mes débuts : moi après avoir fait une initiation, j’avais l’impression de ne rien savoir et j’ai attendu d’avoir pris un cours de plus avant d’oser faire des cordes avec une partenaire. Deux ans plus tard, en préparant la première initiation que j’ai données, je me suis rendu compte à quel point j’avais été bête : l’initiation donne pleins de clefs largement suffisantes pour jouer au sol avec un modèle et ce en toute sécurité. 

Dans cet article je vais essayer de vous expliquer des jeux au sol que vous pouvez pratiquer facilement si vous venez de faire une initiation ou même si votre niveau est un peu plus avancé mais que vous cherchez encore un peu comment vous lancer. Si vous venez de démarrer votre chemin dans le shibari, j’espère aussi vous faire réaliser quelque chose que j’ai mis un peu de temps à comprendre : Après l’initiation j’avais une vision limitative du shibari, je pensais qu’il fallait se diriger vers la suspension, comme si c’était une destination obligée. 2 ans après je pratique les suspensions quand l’envie me vient, mais ma priorité est clairement sur le jeu au sol et ce qu’il permet entre les deux partenaires. 

Ce qui m’amène à l’autre point que je vais essayer d’aborder dans cet article : la technique n’a pas d’importance. Plus exactement elle est beaucoup moins importante que l’image que j’en avais il y a deux ans. Le problème quand on débute c’est que nous avons besoin d’une part importante de notre attention sur la technique. Il est nécessaire de la pratiquer sur soi ou sur une chaise jusqu’à ce qu’on la maitrise et que les manipulations de la corde deviennent instinctives. Je vous présenterai quelques bases dans cet article qui suffisent pour se lancer dans le jeu au sol. 

Une fois que vous n’aurez plus besoin de vous concentrer sur la technique, il ne restera que ce qui prend tout une vie à maîtriser : la relation à l’autre. Quelle intention mettons-nous dans la corde ? Quelle émotion cherchons-nous à véhiculer ? Qu’est-ce qui nous réunit avec notre modèle ? Comment se mettre à 100% à son écoute, en faire le centre de notre univers, pour lui faire vivre ce moment unique que les cordes savent créer et, bien évidemment, comment le vivre en sa compagnie ? 

Crédit photo : Shashinbari, Cordes : Moi

Intentions et émotions

S’il y a un truc que j’ai très vite compris c’est que, dans les cordes, les deux partenaires doivent prendre du plaisir à ce qu’il s’y passe. Pour cela il est important de discuter avant la séance de façon très claire avec notre partenaire pour établir le sujet de la séance. Va-t-on faire des cordes pour de la technique, va-t-on chercher une esthétique particulière, est-on plutôt en recherche d’une forme d’humiliation ou bien d’une contrainte forte ? Quand on a l’habitude de corder avec quelqu’un, le modèle peut décider de laisser l’encordeur libre de ce qu’il va se passer. Inversement on peut aussi décider de se laisser porter (toujours dans les limites définies en amont), mais d’une manière générale cela vaut le coup d’en parler. Une intention claire est importante dans les cordes. 

L’autre point que je commence seulement à appréhender (grâce à un workshop avec Andrea La Quarta Corda et un autre avec Tak Ko) c’est que les cordes sont un super média pour partager des émotions. C’est vraiment difficile à expliquer mais on ne peut pas mentir sur son état émotionnel dans les cordes. Croyez-moi, cela m’a valu une très mauvaise séance de cordes le soir de l’annonce du confinement. Du coup ce qu’il faut apprendre à faire et avec lequel je ne suis pas encore très doué c’est d’être capable de se remplir d’une émotion avant de commencer à corder. Cela est vrai aussi bien pour le modèle que pour l’encordeur, les émotions vont se rencontrer et se mélanger. Pour moi l’émotion la plus simple est la joie. Elle marche très bien dans les moments heureux. La tendresse est aussi assez facile à atteindre pour moi car elle corresponds bien à ma nature. Cherchez des émotions dont on est proche au moment de corder reste le plus simple.

Une corde dénuée d’émotion et d’intention n’a aucun sens, c’est juste un objet long, souple, dont on aime ou pas l’esthétique et les propriétés. Le problème c’est que ce n’est pas toujours si simple, surtout quand on débute mais aussi quand on n’a pas manipulé ses cordes depuis longtemps. Comment se connecter avec cette part émotionnelle de soi même si on passe son temps à se battre avec la corde ? Comment faire pour prêter attention à son partenaire si on est tout le temps en train de se demander si une corde va tenir ou se casser la gueule comme une loutre ? Comment avoir une intention claire si la corde ne fait pas ce que l’on veut ? 

Heureusement avec une base de technique très simple on peut déjà vraiment bien s’amuser et sans se prendre la tête. C’est ce que je vais vous exposer au prochain chapitre. 

La technique

Tout ce que je vais vous présenter dans le reste de l’article est d’une extrême simplicité sur le plan technique, il suffit de maîtriser ces deux notions : 

  • Nœud de départ 
  • Demi-clef

On peut vraiment s’entraîner facilement tout seul à ces deux éléments, et normalement ils sont amplement couverts durant toutes les initiations au shibari. Si vous ne les connaissez pas je vous encourage à aller à une initiation. Vous n’y apprendrez pas que ça, vous verrez également un tas de conseils sur la sécurité qui seront totalement indispensables pour les activités que je vous propose dans la suite de l’article. 

Au niveau sécurité il n’y a pas de gros risques dans le jeu au sol tant que vous appliquez du bon sens et les consignes de sécurité qui vous ont été expliquées lors de l’initiation. Mais ce n’est pas parce que les risques sont faibles qu’il ne faut pas y prêter attention. Au contraire c’est l’occasion d’apprendre à gérer le corps de votre modèle, les tensions qui s’exercent à différents endroits, les croisements de cordes qui sont confortables et ceux qui ne le sont pas…

L’improvisation à une corde

L’improvisation à une corde porte bien son nom : on ne prend qu’une corde, ou si on en prend une deuxième on ne fait surtout pas de jonction de cordes. Le but est de rester simple. Choisissez un poignet ou une cheville de votre partenaire et faites-y un nœud de départ (pas la peine de le serrer beaucoup), positionner le membre attaché comme bon vous semble (dans les limites discutées avant la séance et aussi dans les limites de la souplesse de votre partenaire, hein) et commencer à entourer le corps de votre partenaire comme vous en avez envie. L’objectif c’est qu’à chaque fois que vous croisez une corde vous fassiez une demi-clef dessus ou un simple tour mort. 

Crédit photo : Shashinbari, Cordes : moi

Tout l’enjeu est de manipuler la corde et le corps de votre modèle de concert pour aller chercher à exprimer au mieux l’intention que vous souhaitez mettre dans la corde. Techniquement la principale difficulté est de maintenir une tension dans tout l’ensemble de la corde sans jamais faire de friction. 

Quand vous arrivez au bout de la corde, vous pouvez détacher, toujours en exprimant l’intention que vous souhaitez, ou bien faire un nœud / coincer les pompons sous une corde et enchaîner sur une seconde corde. Placer une corde peut prendre une heure comme prendre que quelques minutes, donc n’hésitez pas à recommencer encore et encore cette activité. 

Personnellement je la trouve très fun et je la pratique vraiment régulièrement. Il y a une infinité de possibilités sur la simple base de cet exercice. Je me suis même déjà attaché à ma modèle une fois, tous les deux dans la même corde, et c’est un excellent souvenir de shibari. 

Les amoureux de symétrie vont avoir du mal à se retrouver dans cet exercice mais on obtient parfois des très beaux résultats, surtout quand on vient travailler sur la structure et la pose du corps du modèle. 

Cordes et photo : Moi, Modèle : Velvet Siren

Ce que l’on peut vraiment facilement chercher par contre c’est de venir travailler sur la pose, sur la structure du corps du modèle. C’est dans cette recherche là que l’improvisation trouvera tout son charme pour les amoureux d’esthétique dans les cordes

Cordes et photo : Moi, Modèle : Velvet Siren

Jeu au sol et approche structurée

Cordes et photo : Moi

On peut tout à fait adopter une approche structurée ou inclure des structures / harnais connu dans le jeu. Par exemple la séance ci-dessus a commencé en impro, d’ailleurs la corde sur la jambe droite le prouve, mais entre deux encordages improvisés j’ai inclus un futumomo et un TK. Rien n’oblige à rester dans un mode improvisation de bout en bout. On peut d’ailleurs commencer en impro et inclure de plus en plus de harnais pour partir en suspension si c’est notre envie à ce moment-là (franchement je ne le fais pas souvent, éventuellement une semi suspension). 

Au-delà des cordes

Le jeu au sol, que ce soit dans une approche improvisée ou avec des harnais, permets d’inclure facilement un ensemble de choses qui peuvent être plus difficiles à inclure dans une suspension. En effet nous ne sommes pas autant perturbés par des problèmes de sécurité, les risques étant beaucoup moins grands. On continue à faire attention aux nerfs et à ne pas faire trop de garrots sur ses partenaires, hein, mais il n’y a pas de risques de chute. Personnellement j’aime inclure des caresses sensuelles ou érotiques (à nouveau en fonction de l’intention discutée en amont) dans les jeux aux sols, mais on peut aussi inclure des jeux d’impacts ou des bougies.

Cordes et photo : Moi, Modèle : Velvet Siren

Si vous ne privez pas totalement de mouvement votre modèle, il y a aussi un tas de jeux de domination qui sont faisables et très funs.

Cordes et photo : Moi

Conclusion

Voilà, j’espère que cela vous aura montré qu’avec juste ce que l’on apprend en initiation il y a déjà un champ du possible ultra vaste en shibari. L’essentiel est de bien travailler ses bases en solo pour pouvoir ensuite s’amuser et laisser libre court à son imagination dans une séance à deux. 

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